• Management par intérim ou management de transition
Une nouvelle espèce de managers se développe depuis quelques années. On les appelle "Manager de crises"; "Manager par intérim" ou "Manager de transition". Bien qu'ils aient en commun la brièveté des mandats, qui excèdent rarement douze mois, il s’agit d’opérations et de styles très différents. Quelques explications :Le manager par intérim a pour mission de suppléer un dirigeant dont la capacité opérationnelle est fortement réduite pendant une durée limitée, par exemple pour des raisons médicales ou familiales. Le plus souvent, c’est un membre du staff qui prend le relais ou parfois un administrateur de la société. Une autre solution est de faire appel à un professionnel de l’intérim du management de la même façon que l’on peut faire appel à un du personnel intérimaire pour d’autres fonctions dans l’entreprise. La qualité fondamentale de ce manager est de savoir incarner l’autorité de l’entreprise sans la modifier. Il doit donc être capable d’identifier rapidement le style de management de la personne qu’il supplée, la culture de l’entreprise, les objectifs qui sont visés, l’organisation en place et de s’y adapter sans trop les modifier, même si des améliorations lui paraissent souhaitables. Une expérience de dirigeant de plusieurs années, une solide formation aux principes d’autorités, aux styles de management et au management des organisations lui sont indispensables, outre des qualités d’adaptation et un renoncement à l’exercice démesuré du pouvoir. L’enjeu est de permettre au dirigeant en place de reprendre ses fonctions le plus rapidement et le plus efficacement possible. Des suggestions d’améliorations peuvent être formulées lors du débriefing de fin de mission, mais elles ne doivent pas avoir été opérées. Un bon manager par intérim doit être facilement « oublié » par les équipes après son départ. Sa mission exige qu’il ne laisse pas trop de traces. Son égo doit donc être « raboté » en conséquence.
Le manager de crises a pour mission le redressement rapide des comptes de l’entreprise ou l’apaisement d’un conflit social. Contrairement au manager par intérim, ici il s’agit de modifier en profondeur, voire de restructurer le « canon » de l’entreprise. Tout ce qui a conduit l’organisation dans une impasse doit être réformé en plus d’un effort particulier qu’il doit demander aux équipes pour boucher les trous de l’exploitation, si elle a été déficitaire. Il doit aussi avoir les capacités de négociation et de conviction nécessaires pour mobiliser l’actionnaire dans les opérations de renflouement indispensables. La qualité fondamentale de ce manager est de mobiliser les équipes pour sauvegarder l’entreprise. Il ne doit pas être perçu comme le « sauveur » ou le « héros » mais comme le mobilisateur d’une énergie collective. Pour cela, sa capacité relationnelle doit être de haut niveau et son autorité bien assise, outre des compétences affûtées d’analyse et de compréhension des enjeux. Il doit aussi être capable de prendre et d’assumer des décisions impopulaires. Sa mission se termine par la remise des clefs de l’entreprise prête à retrouver un rythme de croisière à un manager plus « traditionnel » qui disposera aussi de plus de temps pour renouer avec la croissance durable.
Le manager de transition intervient entre les deux précédents. Il ne s’agit pas de suppléer un dirigeant momentanément indisponible, ni de sortir d’une crise qui secoue toute l’entreprise, mais d’opérer un changement nécessaire avant qu’un excès d’homéostasie ne conduise à la crise. Sa mission consiste à identifier dans l’environnement ce qui constitue un danger ou une opportunité pour l’entreprise et dans le même temps, les forces et faiblesses de l’entreprise, y compris dans sa culture. Puis, il devra amorcer et opérer les changements qui permettront à l’organisation de changer, voire de se transformer pour s’adapter et tirer profit de l’évolution du monde extérieur à l’entreprise. Ses qualités fondamentales sont l’observation, l’écoute, la proximité, l’information, la sollicitation, la stimulation, avec juste ce qu’il faut de contrôle pour éviter les écarts par rapport à l’objectif, sans inhiber les initiatives profitables.
Dans un monde qui bouge sans cesse, le manager de transition est peut-être le profil du dirigeant durable de demain. Quand les mutations se succèdent, la transition devient permanente. Elle diffère du management traditionnel dans lequel les périodes de longue stabilité sont entrecoupées de courtes périodes de changement. C’est la culture du progrès continu et de la subsidiarité. Exercer ce type d’autotité nécessite de renoncer au sur-contrôle et à une part de pouvoir dont les dirigeants usent parfois exagérément.
Le pouvoir du dirigeant serait finalement comme l’alcool dont les Français détiendraient le triste record. Mieux vaut le consommer avec modération, pour la bonne santé des entreprises, qu’elles soient privées ou publiques.































